Le Valjoie

Le bourg du Valjouas (comme l’on disait autrefois) et l’église forment deux agglomérations distinctes. Le bourg s’allonge parallèlement à la rivière du « Blanc douit » et présente un bâti traditionnel de belle qualité qui mériterait une attention toute particulière du fait de l’apport de constructions nouvelles qui en modifient l’esthétique et le caractère.
L’église placée sous la protection de saint André avait été donnée à l’Abbé et aux religieux de Prémontré de l’abbaye d’Ardennes au diocèse de Bayeux.
Dominique Thomas de Béreauville, écuyer et officier dans la marine royale au XVIIème , époux de noble dame Elie Marguerite de Cherye, se qualifiera de seigneur et patron de saint André du Valjouais.
L’église se présentait ainsi en 1866, je cite :
« L’église de saint André du Valjouais, bâtie au nord, et tout près du château de saint André, sur une éminence qui le domine, est, dans la même direction, à un demi kilomètre du hameau du Valjouais.
Elle n’a ni transept, ni chapelle, ni rond point. La nef a douze mètres de longueur sur six mètres de largeur ; le chœur, trois mètres de longueur sur cinq de largeur ; le sacra sanctuaire a les mêmes dimensions que le chœur.
A la tête de l’église est une sacristie d’une construction plus récente de trois mètres de profondeur et dont les côtés sont plus rentrants que ceux du chœur.
A la façade de l’église, deux contreforts sur l’un desquels croît un if ; du côté gauche, deux aussi, dont un supporte une belle touffe de coudrier. Tous sont peu saillants.
Le portail, cintré en anse de panier avec deux arcs superposés, est encadré d’une simple rainure (hauteur un mètre quatre-vingt-cinq centimètres).
Au dessus (du portail) est une fenêtre à ogive pure (hauteur de deux mètres et zéro mètre quarante-cinq centimètres de largeur).
De chaque côté de l’église sont pratiquées trois fenêtres d’une élévation de un mètre. Les deux plus rapprochées du portail sont, l’une à ogive pure ; l’autre à ogive avec trèfle ; et toutes deux d’une largeur de zéro mètre quarante centimètres. Les quatre autres (fenêtres) sont rectangles (rectangulaires).
Le clocher n’est qu’une aiguille à quatre pans posé sur le chœur, couverte en essente, et d’une élévation de deux mètres cinquante centimètres. Il paraît qu’il renferme son clocheton ( sans doute le beffroi et la cloche).
Le reste de l’église est couvert en paille.
Au dessus du chœur et du sanctuaire existe un lambris (en plein cintre si la mémoire ne trompe pas le scribe).
Sur la nef il n’y a que le restant d’un plancher, au dessous duquel on voit des poutrelles insignifiantes.
D’une extrémité à l’autre l’église est pavée, excepté dans une superficie de quatre à cinq mètres (carrés ?), près du portail.
A l’entrée près du portail on voit étendu quelque chose comme un bénitier, en granit, profond, sculpté & ne faisant qu’un avec une colonne brisée dans sa base. Si cet objet servait de fonts baptismaux, c’est aux vrais antiquaires de se (conjecturer ?).
Il n’y a qu’un autel. Le tombeau et le retable, assez simples, sont en bois et à peu près intacts.
Le tabernacle, à colonnes avec torsades, est cintré dans ses côtés ostensibles ( ? ). Du papier fin sur tout l’intérieur en relie ses panneaux et en ferme les jours pratiqués par les ciselures.
Au milieu du retable est un tableau  (hauteur un mètre quarante centimètres) représentant sainte Appoline. Il n’est pas usé.
Sur le tabernacle est posé un Christ en bois (hauteur de la croix (?) soixante-dix centimètres).
Au pied du tabernacle, de chaque côté, est posé un ange, en bois ( ? cinquante-cinq centimètres).
Aux côtés de l’autel sont fixées deux statues en pierre, d’une hauteur de un mètre : celle de saint André, qui posant la droite sur son instrument de supplice placé de côté, tient dans sa gauche un livre ouvert ; et celle de saint Gorgon qui une (?) suspendue à la ceinture tient à gauche un livre et ( ? ) le bras droit dont le poignet est emporté.
Au dessus du retable est suspendu un ancien et beau médaillon en albâtre. On y voit une femme livrée aux sentiments de la pénitence : assise sur une natte qui ( ?) ( ? )  des fragments de rocher, les cheveux épars, et la tête appuyée  d’une main elle soutient de sa droite sur ses genoux l’emblème de la mort et le fixe d’un regard attentif. Près d’elle est présentée une petite croix au pied de laquelle on remarque comme une boîte à parfum. On aperçoit dans le lointain un temple et des arbres étrangers à notre pays, peut être des bananiers.
Au bas du chœur, du côté droit, dans une niche, est placée une statue moderne de la sainte Vierge, en plâtre.
De l’autre côté du chœur dans un emplacement semblable ( niche) s’élève sur son piédestal une statue en pierre ( hauteur de la statue ? ) soixante centimètres. D’après des renseignements fournis par des habitants de saint André, elle représente saint Martin. Ses traits que laisse voir un voile relevé sur le front seraient bien ceux d’une femme. Du bras gauche elle soutient un livre et porte une corbeille ; de la droite elle serre un objet brisé méconnaissable s’il est pris isolément. A son pied est un chien et un autre animal.
On a réuni dans le sanctuaire, au pied de l’autel, les débris de trois statues en pierre (d’une jolie statue ? d’une hauteur de soixante-dix centimètres) et les restes informes de statues en bois.
Dans le sanctuaire existe une piscine (aux ablutions) ogivale. Du même côté, du côté de l’épître, est placée, une pierre tombale, sur laquelle, en tête d’un calice, on trouve en caractères romains, l’inscription suivante :
 Cette pierre est à ce jour placée à l’extérieur de l’église dont le chœur a été démoliainsi que la sacristie du XVIIIème.         
Le cimetière, entouré d’une élévation de terre d’où s’élèvent de grands arbres, renferme encore son if (la croix de pierre élevée dans le cimetière en 1708 n’est pas remarquée par le prêtre au cours de sa visite ). 
Sur le bord d’une avenue, au pied du cimetière, à égale distance du portail de l’église et de la grande porte du château est une fontaine appelée la fontaine saint Gorgon. Ses eaux limpides coulent abondamment, même en été, et ses bords, en pierres de taille, artistement travaillées figurent la croix de saint André.
Parfois, des pèlerins, passablement éloignés, chaque année, le mois de septembre, un dimanche après les vêpres (?). Un nombre considérable des habitants du pays vont puiser aux eaux de cette fontaine et prier dans l’église de saint André du Valjouais, aux pieds de la statue de saint Gourgon.
 
Notes : l’église de saint André du V. appartient à monsieur Jean baptiste Quesnel Canveaux, membre de l’association normande, demeurant à Coutances ».
 
Les mots en italiques sont justifiés, soit :
-          en raison de l’incompréhension d’un mot
-          de l’ajout d’une précision
-          de commentaires hors texte justifiés par la connaissance d’éléments supplémentaires.
 
Joachim Lemonnier était curé de Saint André du Valjoie en 1674. La cloche est cassée et la couverture de la tour sera réparée. Le pignon du chœur était en état de ruine en 1682. Le curé certifie que monsieur de Péronnille (Béreauville ?) le fera réparer au plus tôt. L’autel a besoin d’une contretable et d’un tabernacle. Les couvertures de l’église étaient endommagées en 1683, tant sur la nef que sur le chœur. Les bancs de la nef sont malpropres, les vieux seront vendus au profit du trésor. François de saint André est établit trésorier de la Fabrique en 1686. Richard Daveney est trésorier en 1689. L’église n’a pas de soleil d’argent, de tabernacle ni de contretable. Les murailles sont toutes salies et toutes noires et les comptes ne sont pas rendus. L’archidiacre demande en 1690 que le trou du haut du pignon entre chœur et nef soit rebouché. Les réparations des couvertures sont beaucoup négligées. Etienne Le Monnier est sous diacre en 1691. Les pommes du cimetière ont été vendues pour 10 sols de rapport au trésor. Le trou est rebouché mais il faut refaire à neuf le côté du septentrion. Toutes choses sont dans la plus grande pauvreté. Joachim Le Monnier est malade en 1693 ; il se fait représenter par Etienne le Monnier, prêtre. Le sacra sanctorum fait l’objet d’une augmentation en 1697 sous le ministère d’Etienne Le Monnier, mais laquelle ? Le clocher a été réparé en entier, du beau pavé a été mis du chœur à la grande porte. Le sieur curé nous a marqué beaucoup de zèle pour rendre son église la plus jolie du diocèse. Il va mettre tous ses soins à continuer à faire reblanchir et à mettre des bancelles bien propres. Le sacra sanctorum est pavé en 1698 et tout le chœur et le devant des deux autels de la nef. Il y a besoin de faire faire une sacristie au bout du chœur et une contretable au grand autel ou du moins un tabernacle. Les augmentations au dedans de l’église nettement plus propre qu’elle n’était sont de nouveau mentionnées au cours de la visite de 1703. Il est précisé qu’une petite contretable est souhaitée. François Duchesne est custo et trésorier en 1704. Le sieur curé promet de faire des augmentations très considérables et notamment un tabernacle à la place du vieux de pierre. Il est proposé en 1707 de mettre dans le cimetière une grande croix de carreau (pierre) au lieu de celle de bois qui y est. Un des piliers de pierre a été fait pour appuyer la costière au septentrion (nord). Il est demandé en 1707 de faire déplacer les fonts qui sont du côté de l’Epître pour les mettre vers le côté de l’Evangile.  Les autels de la nef et du chœur sont fermés par une balustrade de bois. Un soleil d’argent et un encensoir ont été achetés. Le cimetière est depuis le début bien clos et fermé. Il est demandé en 1708 de faire réparer les couvertures et de mettre quelques chevrons pour renforcer la charpente. L’archidiacre précise en cette année 1708 « nous avons trouvé depuis notre visite une grande croix placée dans le cimetière et les fonts ont été placés du côté du midi au côté du septentrion ». Il est demandé en 1716 de reprendre le pignon du bas de la nef. L’intérieur est tenu proprement en 1721 mais les couvertures de l’église ont besoin d’être réparées. Les deniers qui subsistent en 1723 pourront être employés à bâtir la sacristie. Celle ci n’est pas édifiée en 1725 puisqu’il est dit que les comptes seront employés à faire une sacristie et entreprendre la construction d’un confessionnal. Le catéchisme se fait régulièrement en 1726 et la sacristie ainsi que le confessionnal sont toujours à l’état de projets. Une arcade exige quelques travaux en 1728, l’intérieur est pauvre mais propre. Du pavé doit être acheté en 1730 pour réparer et remplacer ce qui manque. Georges Villeroy est curé en 1734. Il succède à Etienne Le Monnier dont la pierre tumulaire est conservée en place. Elle porte l’épitaphe suivante : « EST CEAN LE CORPS DE ME ESTIENNE LE MONNIER PBRE CURE DE ST ANDRE GRAND PREDICATEUR DECEDE LE 16 8BRE 1732 PRI EZ DIEU POUR LUY ».
Il y a quelques réparations à faire au pied de la tour du côté du midi. On travaille actuellement (en 1736) dit on aux couvertures de l’église. Le sacra sanctorum est tout dépavé au lieu où l’on a inhumé le dernier curé. Nous enjoignons de le faire raccomoder sinon il sera interdit. Le corps de noble homme Dominique de Béeauville seigneur de la paroisse de Saint André du Valjouas sera inhumé dans le chœur de l’église le 01 février 1737. Les comptes ne se rendent pas en 1738. Les instructions se font régulièrement. Les paroissiens sont inviter cette année là à s’assembler afin de prendre les moyens de faire faire une sacristie dont on très besoin.
Quelques travaux se firent en 1754 car le compte de Pierre Duchesne de la Fabrique révèle une dépense pour la grille de la sacristie et celles de la costière. Dominique Anquetil est trésorier en 1765.
Monsieur Follain, prêtre ancien desservant de Gavray reconnaîtra en 1803 être allé célébrer provisoirement la messe ainsi que les vêpres l’après midi conformément à l’invitation faite par monsieur Lecrosnier curé de Gavray.
 
Notes complémentaires :
-          Robert Fouquoux, recteur avant 1333 (archives de l’abbaye d’Ardennes)
-          Jean Durand, curé à partir de 1333(idem)
-          Joachim Le Monnier était curé de saint André en 1682
-          Etienne Le Monnier prêtre habitué en 1693
-          Etienne Le Monnier curé succède à Joachim du même nom après 1694
-          George Villeroy curé succède à Etienne Le Monnier 1734
-          Charles Jacques Caillet curé en 1779 et en 1790
 
La fontaine saint Gourgon ou Gorgon fut longtemps l’objet d’un pélérinage le dimanche d’après le 08 septembre.


Source : Association de sauvegarde et de valorisation du patrimoine en Val de Sienne
Auteur : Jacky BRIONNE